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Cette question m’a souvent été posée, et je la trouve juste.

Pourquoi notre école, historiquement engagée dans la formation des thérapeutes, choisit-elle aussi de former des coachs ?

La réponse tient dans une conviction, et le reste de cet article la déplie.

Toutes les demandes de changement ne sont pas des demandes de thérapie.



Toutes les demandes de changement ne sont pas des demandes de thérapie

Séminaire Coaching d'Impact de l'École Humaniste de Gestalt, l'école où nous avons choisi de former des coachs

Certaines personnes traversent une souffrance. Elles se retrouvent prises dans des répétitions anciennes, dans des blessures relationnelles, dans quelque chose qui abîme leur rapport à elles-mêmes et aux autres. Elles ont besoin d’un espace pour comprendre, réparer, transformer. La thérapie est alors le bon cadre.

D’autres ne demandent pas à être soignées.

Elles vont globalement bien. Elles se trouvent devant une décision, une transition, une responsabilité qu’elles n’arrivent pas encore à assumer pleinement. Elles veulent créer une entreprise, changer de métier, prendre leur place, retrouver une capacité d’agir.

On peut vouloir tout cela sans avoir besoin d’engager un travail thérapeutique.

C’est ce que j’ai compris lentement, et cela a changé ma façon de voir notre métier : ranger toute difficulté du côté de la thérapie revient à pathologiser les difficultés ordinaires de l’existence.

À des demandes différentes doivent répondre des cadres différents.

Le coaching n’est pas une thérapie raccourcie, allégée, ou tournée plus vite vers l’action. C’est un autre contrat, une autre finalité, d’autres moyens.

Ce que j’ai découvert en accompagnant des dirigeants

Je n’ai pas commencé par cette idée. J’ai commencé par une expérience.

Une intention était présente en moi depuis longtemps : pouvoir toucher d’autres personnes qu’avec la thérapie. Non pas parce que la thérapie ne suffisait pas. Elle occupe trente ans de ma vie professionnelle et je continue de la pratiquer. Mais parce qu’une part de ce que la Gestalt m’avait donné restait, dans le cadre du cabinet, sans emploi.

Alors j’ai commencé à accompagner des entrepreneurs et des dirigeants.

Des personnes qui avaient souvent déjà beaucoup construit. Elles ne venaient pas parce qu’elles allaient mal. Elles venaient parce qu’elles voulaient aller plus loin.

Et je me suis aperçu, séance après séance, que je n’avais pas tout à fait la même posture que dans mon cabinet.

Le ton était différent. L’intervention pouvait être plus directe. Il ne s’agissait pas seulement d’accompagner ce qui émergeait : il s’agissait de regarder avec la personne où elle voulait aller, ce qui l’en empêchait, et ce qu’elle pouvait mettre en mouvement.

Je n’ai pas décidé cela. Je l’ai constaté.

Quelque chose se précisait, et il m’a fallu du temps pour lui donner un nom. Aujourd’hui je l’appelle le Coaching d’Impact.

Arnaud Sebal, micro à la main, pendant le séminaire Coaching d'Impact

La thérapie et le coaching n’interviennent pas au même endroit

C’est le point que je tiens le plus à poser, parce qu’il est souvent brouillé.

La thérapie accompagne la souffrance psychique, les blessures relationnelles, les répétitions, les difficultés profondes qui traversent toute une vie. Le chemin s’y invente à mesure. Je ne sais pas à l’avance où la personne doit aller.

Le coaching part d’un objectif défini. Il aide le client à mobiliser ses ressources, à faire des choix, à agir dans la réalité. La direction est posée dès le départ.

Ni les mêmes objectifs, ni le même contrat, ni les mêmes moyens.

Cela ne veut pas dire que le coaching serait moins profond. Une personne peut avoir une histoire, des fragilités, des blessures anciennes, comme tout être humain. Cela ne fait pas d’elle une personne en thérapie.

Ce qui distingue les deux cadres n’est pas la profondeur du matériau. C’est ce qu’on en fait.

Un client vous parle de son père. Cela ne fait pas de vous son thérapeute. En thérapie, le père est le sujet. En coaching, le père traverse le sujet.

Porter la Gestalt là où elle manque

Il y a une autre raison, et elle compte autant que la première.

Le monde professionnel reste largement tenu par des approches centrées sur la performance, les outils, les indicateurs, les comportements attendus. On y parle beaucoup de méthodes. On y parle peu de ce qui se passe entre les personnes.

Ce monde n’a pas besoin d’une méthode de plus.

Il a besoin de professionnels capables de regarder une personne dans son entier, d’écouter ce qui se joue dans une relation, et d’accompagner un changement sans imposer une réponse toute faite.

Deux participants en conversation, dans l'écoute, pendant la formation au coaching

Former des coachs humanistes, c’est faire entrer de la présence, de la conscience et du respect de la personne dans des lieux où se prennent les décisions qui engagent beaucoup de monde. Auprès des dirigeants, des responsables, des équipes.

C’est une ambition, et je l’assume comme telle.

Il y a enfin ceci, que j’ai vu se produire souvent. Certaines personnes n’envisageraient jamais de consulter un thérapeute. Le mot les arrête. Elles acceptent en revanche d’être accompagnées autour d’un projet concret.

Et là, dans le cadre du coaching, dans le respect strict de ce cadre, quelque chose se rencontre quand même. Elles prennent conscience de leur fonctionnement. Elles retrouvent une liberté de choix.

Ce n’est pas de la thérapie déguisée. C’est un accompagnement qui fait son travail, et qui laisse une porte ouverte pour plus tard.

Un métier sans cadre, et ce qu'une école peut y apporter

Groupe de stagiaires assis en cercle pendant la formation au Coaching d'Impact

Le coaching s’est développé vite. Trop vite pour que les pratiques s’égalisent.

Certains professionnels interviennent sans cadre suffisant, sans supervision, et sans savoir reconnaître ce qui dépasse leurs compétences. Ce ne sont pas de mauvaises personnes. Ce sont des praticiens qu’on n’a pas formés à voir.

Une école de Gestalt a précisément quelque chose à transmettre là.

Une éthique de la relation. La conscience de ses limites. La capacité de ne pas confondre accompagnement, conseil et thérapie. Le recours à la supervision, non comme une obligation administrative mais comme une pratique. Et la faculté d’orienter un client quand sa demande relève d’un autre professionnel.

Former sérieusement des coachs ne protège pas seulement le métier. Cela protège les clients.

Ce que la Gestalt donne à un coach

Deux personnes en échange rapproché pendant une séance de coaching en formation

Beaucoup de formations enseignent des outils : des grilles d’objectif, des questionnements, des modèles de séance. Ce n’est pas inutile.

Ce que vous avez appris ici est d’un autre ordre, et cela change trois choses dans la séance.

Le champ. En Gestalt, nous partons d’un principe simple : ce qui bloque une personne dans sa vie se rejoue devant vous, en petit, pendant la séance. Le dirigeant qui n’ose pas trancher avec son associé n’osera pas non plus vous contredire quand vous vous tromperez. Vous n’avez donc pas besoin de son récit pour travailler. Vous avez la scène sous les yeux.

Le corps. Quand une personne dit « je suis prêt » et que ses épaules remontent, quelque chose ne va pas ensemble. Le nommer n’est pas une intrusion, c’est une observation. Et c’est souvent la question qui débloque un objectif resté six mois en l’état.

La relation comme instrument. Ce que vous ressentez en séance vous renseigne. Si vous vous ennuyez avec un client habituellement vif, l’ennui est une donnée. Si vous vous sentez pressé de trouver une solution, cette pression vient de quelque part. À condition de savoir d’où elle vient chez vous, elle devient une intervention.

Ces trois appuis, vous les avez déjà. Vous les avez travaillés pendant des années, sur vous d’abord.

Ce n’est pas une nouveauté dans notre approche. L’Institut Gestalt de Cleveland, fondé au milieu des années 1950 par des élèves directs de Fritz et Laura Perls, ouvrait dès 1966 des programmes appliquant la théorie gestaltiste aux groupes et aux organisations. L’un de ses cofondateurs, Edwin Nevis, a enseigné près de dix-sept ans à la Sloan School of Management du MIT.

L’application de la Gestalt au monde du travail a soixante ans. Elle est née dans la maison même.

La posture du Coaching d'Impact : Vision, Impact, Frontière

Cercle de participants en atelier à l’École Humaniste de Gestalt, une personne écoute sans intervenir

J’ai fini par résumer cette posture en trois dimensions. Trois mots qui forment un mot : VIF.

V comme Vision

Voir la personne là où elle est. Et voir plus loin avec elle.

L’aider à sortir du problème immédiat pour retrouver une direction, une possibilité, une ambition. Souvent quelque chose qu’elle n’ose pas encore formuler devant vous.

La vision n’est pas la vôtre. Vous ne lui dessinez pas son avenir : vous tenez l’espace pour qu’elle ose le regarder.

Cela demande de regarder de près, ce qui se passe maintenant chez elle, dans sa respiration, dans ses appuis. Et de loin, la direction qu’elle veut donner à sa vie, à son projet, à son activité.

Les deux à la fois. C’est le vrai apprentissage.

I comme Impact

L’impact ne veut pas dire être brutal, ni spectaculaire, ni fort.

Il repose sur la présence : être suffisamment là pour entendre ce qui se joue sous ce qui se dit.

Sur la bienveillance : suffisamment ancrée pour que la confrontation ne se retourne jamais contre la personne. On confronte ce qui est dit, jamais celui qui le dit.

Sur la conscience de soi : savoir d’où l’on intervient. Une confrontation qui vient de votre agacement n’a pas le même effet qu’une confrontation qui vient de votre présence. Le client, lui, sent la différence même s’il ne sait pas la nommer.

Et sur l’engagement, qui tient les trois autres. Que la séance produise réellement du mouvement. Pas une belle conversation. Du mouvement.

Le coach d’impact ne décide pas à la place de l’autre. Mais il ne fait pas semblant non plus de ne rien voir.

F comme Frontière

C’est probablement la compétence la plus importante du coach, et la moins enseignée ailleurs.

Connaître son cadre. Savoir ce que l’on peut ouvrir, et ce que l’on ne doit pas ouvrir. Savoir orienter, quand une personne a besoin d’un autre espace que le vôtre.

En séance, la frontière passe par vous.

Et le signe le plus fiable est le plus difficile à admettre : c’est votre propre élan d’aller voir. Quand vous avez une formation clinique solide, la porte thérapeutique est toujours ouverte. Vous voyez le mécanisme. Vous savez quoi en faire.

Ce n’est pas la personne qui vous y emmène. C’est votre compétence qui a envie de servir.

C’est précisément pour cela qu’il faut savoir ne pas y aller.

Pourquoi notre propre formation, plutôt qu’une autre

La question suivante vient d’elle-même, et on me l’a posée aussi.

Puisqu’il existe des écoles de coaching, pourquoi ne pas simplement y envoyer nos élèves ?

Il en existe beaucoup, et certaines proposent des parcours de grande qualité. Ce n’est pas de ce côté-là que la question se posait.

Les envoyer ailleurs leur aurait permis d’acquérir des méthodes et des outils. Cela ne garantissait pas la continuité de ce qu’ils ont appris ici : une manière d’être en relation, une attention à ce qui se passe maintenant, une place donnée au processus et à la responsabilité.

Le risque n’était pas la médiocrité. Il était la rupture.

Passer d’une conception de l’accompagnement à une autre, parfois fondée sur une tout autre idée de l’être humain, au milieu de son propre parcours.

Le coaching ne s’ajoute pas à la Gestalt

Une formation au coaching n’est pas une boîte à outils que l’on pose à côté de ce que l’on sait déjà.

Il fallait reprendre chaque élément et le penser depuis notre approche.

Comment accompagner un objectif sans réduire une personne à sa performance ? Comment aider quelqu’un à agir sans décider à sa place ? Comment se servir de ce qui apparaît dans la relation sans transformer le coaching en thérapie ? Comment soutenir un changement concret en respectant le rythme et la liberté du client ?

Aucune de ces questions ne se règle en ajoutant un module à un cursus existant. Elles demandaient un travail de création.

Cela protège la frontière au lieu de la brouiller

Cela peut sembler paradoxal, et c’est pourtant l’inverse.

Un thérapeute qui ajoute quelques outils de coaching à sa pratique mélange les cadres sans s’en apercevoir. Un coach insuffisamment formé à la souffrance psychique peut se croire autorisé là où il ne l’est pas.

Concevoir nous-mêmes le parcours nous permettait d’enseigner précisément ce qui relève du coaching et ce qui relève de la thérapie. Quand tenir le contrat initial. Quand le renégocier. Quand arrêter. Quand orienter.

Notre intention n’a jamais été de fabriquer des thérapeutes accélérés, ni d’encourager les thérapeutes à confondre leurs deux casquettes.

Répondre de ce que nous transmettons

Orienter un élève vers une autre école, c’est lui recommander une pédagogie, une éthique, une conception du métier. Sans pouvoir en répondre.

Nous voulions pouvoir répondre de tout : des formateurs, des contenus, de l’évaluation, de la place donnée à la supervision, et de ce qui se passe après la certification.

Il y avait enfin le besoin propre de celles et ceux que nous formons. Beaucoup ont derrière eux des années de travail sur eux-mêmes et de pratique de la relation. Un cursus généraliste leur ferait reprendre ce qui est déjà en place, sans répondre à leur vraie question : comment passer d’un cadre thérapeutique à un contrat orienté vers un objectif.

Nous n’avons pas créé le Coaching d’Impact parce qu’il manquait des écoles de coaching. Nous l’avons créé parce qu’il manquait, dans notre propre parcours, une manière de former des coachs qui soit cohérente avec notre vision de l’être humain, de la relation et du changement.

Ne pas mélanger les métiers : mieux les distinguer

C’est le point qui résume tout le reste.

L’école ne forme pas des coachs pour qu’ils deviennent des thérapeutes sans le titre ni le cursus. Elle ne demande pas non plus aux thérapeutes de transformer leurs séances en coaching.

Elle forme des professionnels capables de choisir un cadre, et de le tenir.

Créer des passerelles ne signifie pas effacer les frontières. Cela signifie mieux comprendre la fonction et la responsabilité de chaque métier.

C’est pour cette raison que le Coaching d’Impact vient après le cursus de gestalt-thérapeute. Cet ordre n’est pas administratif, il est logique : on ne peut pas apprendre à tenir une frontière avant de savoir ce qu’il y a des deux côtés.

Un praticien qui n’a jamais mené de travail thérapeutique ne peut pas savoir ce qu’il est en train de ne pas ouvrir. Il croit tenir la frontière. En réalité, il ne la voit pas.

Vous, vous la voyez. C’est votre avantage, et c’est aussi votre pente : ouvrir trop, par générosité, parce que vous savez faire. D’autres resteront en surface, par prudence, et rendront le coaching inoffensif. Aucune des deux positions ne se corrige par une définition.

Créer cette formation était une manière d’élargir notre mission : accompagner la transformation humaine, dans le cadre dont chaque personne a réellement besoin.

La Gestalt n’a jamais été une théorie de la maladie. Elle est une théorie du contact et de l’ajustement. Partout où des êtres humains se rencontrent, décident, se heurtent et cherchent leur place, elle a quelque chose à dire.

Le cabinet n’est qu’un des lieux où l’on peut le dire.


FAQ : former des coachs en Gestalt

Non. C'est un autre métier, avec un autre contrat. La profondeur du matériau n'est pas ce qui distingue les deux : un client peut vous parler de son père en coaching sans que cela fasse de vous son thérapeute. Ce qui change, c'est ce que vous en faites.
La formation s'adresse aux personnes qui ont déjà le cursus derrière elles. Ce n'est pas une exigence de principe mais une condition de sens : la compétence centrale du Coaching d'Impact est de savoir ce que l'on n'ouvre pas, et on ne peut pas le savoir sans avoir travaillé de l'autre côté.
Je ne le recommande pas. Les deux cadres n'ont ni le même contrat, ni le même rythme, ni la même place pour l'objectif. Passer de l'un à l'autre avec la même personne brouille ce qu'elle est venue chercher, et vous prive du repère qui vous permettait de tenir la frontière.
Rien de spécial. Les larmes ne sont pas un signe de thérapie, elles sont un signe d'humain. Vous accueillez, vous laissez le temps, vous ne vous précipitez ni pour consoler ni pour explorer. Puis vous revenez à ce que la personne était venue chercher. Ce qui indique un changement de cadre n'est pas l'émotion : c'est la répétition, l'ancienneté, et le fait que l'objectif ne tienne plus.
Oui, à une condition : que la confrontation porte sur ce qui est dit, jamais sur la personne. « Vous m'avez dit trois fois que c'était impossible, et trois fois vous avez souri en le disant » ouvre quelque chose. « Vous vous sabotez » ferme. La différence ne tient pas au courage, elle tient à l'endroit d'où vous parlez.
Non. L'Institut Gestalt de Cleveland, fondé au milieu des années 1950 par des élèves directs de Fritz et Laura Perls, ouvrait dès 1966 des programmes appliquant la théorie gestaltiste aux groupes et aux organisations. L'un de ses cofondateurs, Edwin Nevis, a enseigné à la Sloan School of Management du MIT et publié en 1987 un ouvrage de référence sur le conseil aux organisations en approche gestaltiste.

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