La posture humaniste c'est être accueilli
Lorsque vous commencez une thérapie, vous n’avez pas toujours les mots justes pour expliquer ce que vous ressentez.
Vous pouvez arriver avec une boule au ventre, une fatigue persistante, des questionnements qui reviennent encore et encore. Parfois, vous sentez simplement qu’un changement devient nécessaire, sans savoir encore par où commencer.
Et en même temps, une part de vous cherche déjà une issue, même timidement.
Avec un thérapeute humaniste, vous n’avez pas besoin de présenter une version claire, propre ou parfaitement cohérente de ce que vous vivez.
Vous venez avec ce qui est là, et le travail commence à partir de là.
Cela peut sembler simple, pourtant, beaucoup de personnes arrivent en thérapie avec l’impression qu’elles devraient déjà comprendre ce qui leur arrive. Elles cherchent à bien expliquer, à organiser leur histoire, à justifier ce qu’elles ressentent, comme s’il fallait arriver avec un dossier bien préparé.
Mais la première étape est souvent plus humaine que cela :
Être accueilli.
C’est pouvoir dire “je ne sais pas” sans vous sentir en échec, pouvoir pleurer, hésiter, recommencer une phrase et sentir que vous ne serez pas poussé trop vite vers une réponse. C’est ça la posture humaniste du thérapeute.
Elle crée un espace où ce que vous vivez peut être regardé avec respect, sans jugement, sans précipitation, sans chercher immédiatement à vous transformer.
Et parfois, cet accueil suffit déjà à ouvrir un premier espace : vous vous entendez parler autrement, vous respirez un peu plus, vous découvrez que ce que vous vivez n’est pas forcément une faiblesse, mais peut-être une manière de vous adapter qui a eu du sens à un moment de votre vie.
Ce n’est pas encore la solution, mais c’est déjà un mouvement.
Une autre manière de regarder l’être humain
La posture humaniste repose sur une conviction forte : vous n’êtes pas défini uniquement par ce qui vous fait souffrir. Votre histoire compte, vos blessures comptent ainsi que vos peurs, vos blocages, mais ils ne disent pas tout de vous.
Il y a aussi ce qui cherche à vivre en vous : une envie de mieux vous comprendre, un besoin de retrouver du choix, le besoin de respirer plus librement dans vos relations.
L’approche humaniste s’est développée au milieu du XXe siècle, notamment avec Carl Rogers et Abraham Maslow.
À cette époque, une grande partie du travail thérapeutique s’intéressait surtout au passé, à l’inconscient ou aux comportements à modifier. Ces approches ont apporté beaucoup, elles ont leur richesse.
Mais l’humanisme de Rogers et Maslow a ouvert un autre chemin : celui d’une thérapie qui remet la personne au centre en prenant en compte son propre rythme, sa sensibilité, sa manière de ressentir, ses protections, ses contradictions et surtout sa capacité à se remettre en mouvement.
Selon Carl Rogers, pour évoluer, une personne a besoin d’un climat relationnel particulier. Elle a besoin de se sentir écoutée avec empathie, accueillie sans jugement et rencontrée avec authenticité.
Dit comme cela, cela paraît presque évident…
Mais dans la vie, beaucoup de personnes ont surtout reçu des conseils, on leur a dit quoi faire, on leur a demandé de tenir bon, de relativiser, de passer à autre chose, de ne pas trop écouter leurs émotions.Tout cela souvent avec de bonnes intentions.
Mais parfois, avant de trouver une réponse, vous avez besoin que quelqu’un reste là. Qu’il écoute vraiment, qu’il ne se précipite pas pour arranger les choses à votre place, avec une présence solide, une présence qui vous aide à revenir à vous.
L’empathie aide à entendre ce qui se passe vraiment en vous
Dans une posture humaniste, l’empathie est essentielle. Elle demande une vraie qualité de présence. Le thérapeute écoute vos mots, mais aussi ce qui se passe pendant que vous les dites : votre rythme, votre respiration, vos hésitations, votre manière de détourner le regard quand un sujet devient sensible, votre sourire au moment même où vous racontez quelque chose de douloureux.
Par exemple, vous pouvez dire : “Ça va bien.” Mais votre corps raconte autre chose : vos épaules remontent, votre voix se serre, votre main se crispe un peu. Dans une posture humaniste, ces signes ne sont pas des détails, ils deviennent des portes d’entrée.
Le thérapeute peut inviter doucement : “Quand vous dites que vous allez bien, je remarque que votre voix change. Qu’est-ce que vous sentez là, maintenant ?”
Et parfois, c’est précisément à cet endroit que quelque chose apparaît. Le thérapeute humaniste n’impose pas une interprétation, mais il vous aide à revenir à votre expérience réelle.
Cette empathie-là permet de se sentir rejoint. Pas dirigé, pas sauvé, rejoint.
Et quand vous vous sentez vraiment rejoint, vous pouvez commencer à vous rejoindre vous-même.
Le non-jugement permet d’aller plus loin
Le non-jugement est un autre pilier de la posture humaniste.
Il ne veut pas dire que le thérapeute approuve tout ou qu’il n’y a plus de cadre. Il signifie que vous êtes accueilli dans votre dignité, avec ce que vous apportez.
Dans un cabinet, certaines choses sont parfois dites pour la première fois : une colère contre quelqu’un que vous aimez, une jalousie que vous trouvez honteuse, une fatigue d’être toujours fort, un soulagement après une séparation, une envie de tout changer…
Quand ces parties de vous rencontrent du jugement, elles se cachent encore plus. Quand elles rencontrent une présence stable, elles peuvent commencer à exister autrement.
Et c’est là que le travail devient plus profond.
Ce qui était vécu comme une honte peut être regardé avec plus de nuance, avec humanisme. Ce que vous appeliez faiblesse peut apparaître comme une ancienne protection. Ce que vous rejetiez peut enfin être compris, traversé, transformé.
Le non-jugement ne rend pas la thérapie sans sens, au contraire. Il permet d’aller plus loin, parce qu’on ne transforme pas vraiment ce que l’on continue à rejeter.
En Gestalt, la posture humaniste devient une expérience
La Gestalt-thérapie s’inscrit pleinement dans cette approche humaniste. Mais elle y ajoute quelque chose de très concret : l’expérience du moment présent.
En Gestalt, on ne reste pas seulement dans le récit. On ne cherche pas uniquement le pourquoi vous vivez ce que vous vivez. On regarde aussi comment cela se passe ici et maintenant : comment vous parlez, comment vous respirez, comment votre corps réagit, comment vous vous coupez parfois d’une émotion, comment vous entrez en relation avec le thérapeute.
Une personne peut dire : “Je ne suis pas en colère.” Pourtant, ses mains se ferment. Sa mâchoire se serre. Son regard devient plus dur. Alors, plutôt que de discuter de la colère, le thérapeute peut inviter à ralentir.
“Qu’est-ce que vous percevez dans vos mains, là ?”
Parfois, il y a un silence, une gêne, un petit rire. Puis une phrase simple arrive : “Je crois que j’en ai assez.”
Voilà. Quelque chose devient plus vrai.
La Gestalt donne une place au corps, aux émotions, à la relation, aux petits mouvements qui apparaissent dans l’ici et maintenant. La posture humaniste ne reste donc pas une intention bienveillante. Elle devient une manière de travailler, de sentir, de rencontrer et d’expérimenter.
Retrouver du contact avec soi et avec les autres
En Gestalt-thérapie, la question du contact est essentielle.
Être en bonne santé psychique, ce n’est pas seulement ne plus avoir de symptômes. C’est aussi pouvoir être en relation de manière plus fluide avec soi, avec les autres, avec son environnement.
Quand vous dites oui alors que tout en vous dit non, quelque chose se coupe.
Quand vous vous adaptez en permanence pour éviter le conflit, vous perdez peu à peu le contact avec vos propres besoins.
Quand vous retenez votre colère pour ne pas déranger, elle ne disparaît pas forcément. Elle peut devenir fatigue, distance, tension ou ressentiment.
La posture humaniste ne vient pas vous reprocher ces mécanismes.
Elle vous aide à les comprendre.
Souvent, ils ont eu une utilité. Ils ont permis de préserver un lien, d’éviter un rejet, de garder une place, de continuer à avancer. Mais aujourd’hui, sont-ils encore justes pour vous ?
Retrouver le contact, ce n’est pas devenir quelqu’un qui dit tout sans filtre.
C’est retrouver de la souplesse.
Pouvoir dire oui quand c’est oui. Pouvoir dire non quand c’est non. Sentir ce que vous voulez avant de répondre automatiquement. Rester en lien sans vous abandonner.
Et cette souplesse redonne de la liberté.
Pourquoi cette posture demande une vraie formation
Sur le papier, la posture humaniste peut sembler évidente : écouter, accueillir, ne pas juger, être présent.
On pourrait croire qu’il suffit d’être naturellement bienveillant. Mais en réalité, cette posture demande un vrai travail.
Écouter vraiment, ce n’est pas attendre son tour pour répondre. C’est sentir ce qui se passe en soi pendant que l’autre parle. C’est repérer son envie de conseiller, de rassurer, d’interpréter trop vite.
Accueillir sans juger demande aussi de connaître ses propres limites, ses zones sensibles, ses fragilités. Être authentique demande de savoir ce qui peut être partagé et ce qui doit rester à sa place. Accompagner la souffrance de l’autre sans se perdre demande une vraie solidité intérieure.
C’est pour cela que la posture humaniste ne s’apprend pas seulement dans les livres.
Elle se cultive dans l’expérience, dans les mises en situation, dans le groupe, dans les retours, dans les résidentiels, dans la relation aux formateurs.
À l’École Humaniste de Gestalt, cette posture est au cœur de la transmission.
Vous apprenez à écouter l’autre, mais aussi à vous écouter en train d’écouter. Vous apprenez à accompagner, mais aussi à sentir ce que l’accompagnement réveille en vous. Vous apprenez à soutenir une personne, sans la porter à sa place.
C’est tout un art. Un art profondément humain.
Une rencontre qui remet du vivant en mouvement
Au fond, la posture humaniste change profondément la manière de vivre la thérapie.
Elle rappelle qu’une personne n’est jamais réduite à ce qu’elle traverse. Elle porte une histoire, des protections, des blessures, mais aussi des ressources, des désirs et une capacité à se remettre en mouvement.
En Gestalt-thérapie, cette posture prend corps dans la relation, dans l’ici et maintenant, dans l’écoute du ressenti, du corps et du contact.
Elle permet de sortir peu à peu de certains automatismes, non pas en vous forçant à devenir quelqu’un d’autre, mais en vous aidant à retrouver une manière plus libre d’être vous-même.
C’est peut-être cela, le plus précieux : ne plus chercher à vous corriger sans cesse, mais apprendre plutôt à vous rencontrer autrement.
Si cette approche vous parle, si vous sentez que cette manière d’accompagner résonne avec votre vision de l’humain, vous pouvez échanger avec un conseiller pédagogique de notre école.
Cet échange vous permettra de poser vos questions, de découvrir notre manière de transmettre la Gestalt-thérapie, et de sentir si ce chemin est juste pour vous.
Parce qu’une posture humaniste ne s’apprend pas seulement comme une méthode.
Elle se vit, elle se pratique, et peu à peu, elle transforme votre manière d’être en relation.
Vous pouvez découvrir les témoignages de nos élèves, la Gestalt thérapie est enseignée aux adultes de tout âge. Ghislaine, la doyenne de notre école, a ouvert son cabinet à 86 ans. D’autres élèves sont rentrés dans l’école juste après avoir passé leur bac.
Alors pourquoi pas vous ?
Arnaud Sébal
Cet article s'appuie sur le contenu fourni par Arnaud Sébal, directeur et fondateur de l'Ecole Humaniste de Gestalt
Aurélie Marchand
Article écrit par Aurélie, rédactrice web de l'Ecole Humaniste de Gestalt et Gestalt praticienne
Je vous invite à me laisser un commentaire pour me dire ce que vous avez pensé de notre article. Je lis chacun de vos messages.
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